Abdelghani Boudik

Poésie en musique

Arts EN ↓ 38 episodes

Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la bala...

Author

Abdelghani Boudik

Category

Arts

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Jul 1, 2026

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Episodes

Poésie en musique : le passage 29.08.2025

Poésie en musique

Walt Whitman : Je Suis Attendu par une Femme 23.08.2025

Dans la bibliothèque obscure du XIXᵉ siècle, Whitman allume une lampe qui brûle à la sève et non à l’huile. On croit lire un poème de volupté : c’est une constitution. Chaque vers est décret charnel. Les dieux, les juges, les gouvernements — tous tirent leur légitimité d’un ventre, non du ciel. La chambre devient agora, le lit assemblée. Pas de honte. Corps souverains. La nudité vaut suffrage, le...

Victor Hugo : lorsque l’enfant paraît 15.08.2025

Feuille grise, liseré brûlé par une cierge. Le vers surgit : « Lorsque l’enfant paraît », et cette fois, le halo ne se contente pas d’aveugler — il réchauffe vraiment. Oui, une lumière douce se répand, comme un feu qui tient à distance le froid. Mais déjà la voix parasite murmure : ça braille, ça salit, et tu oses dire que c’est l’aube. Splendeur et dérision, inséparables. Le décor tremble entre d...

Christine de Pisan : Seulette suis 01.08.2025

J’ai gratté ce nom dans la marge d’un vieux carnet : « seulette suis ». L’air s’est chargé aussitôt, comme si chaque reprise du mot faisait battre un marteau contre mes tempes. Pas de refrain doux, mais une mécanique obstinée, le cliquetis d’une serrure qui refuse de céder. Huis, fenêtre, chambre : autant de parois qui résonnent, pas d’ouverture. Et pourtant une torsion surgit : « seulette veux êt...

Charles Baudelaire : l’invitation au voyage 15.07.2025

Feuille translucide, tache de cire encore tiède. L’appel revient : « Mon enfant, ma sœur » — et le refrain s’invite, voix double, douce et oppressante : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté… » Cette fois pourtant, un éclat de volupté subsiste. Les mots brillent, comme des miroirs polis, mais leur éclat est fragile, vacillant, à deux doigts de se briser. Le décor surgit, saturé : fleurs rares, sente...

Pierre Corneille : à la Marquise 01.07.2025

Table tachée de coca, cire figée sur le bois. Le nom « Marquise » éclate, mais ce n’est plus une fanfare : un rire fêlé qui sonne faux. « Vous ne vaudrez guère mieux » n’a rien d’un trait d’esprit ; c’est un aveu déformé, une plainte qu’il maquille d’arrogance. Je le vois, lèvres sèches, tremblantes, sourire collé comme un masque trop lourd. Une voix parasite surgit, plus acide : tu veux séduire,...

Félix Arvers : Sonnet 15.06.2025

Feuille gondolée, auréole de café au milieu. Les mots du sonnet d’Arvers s’y étiraient de travers : « Mon âme a son secret », et j’ai failli rire d’amertume. Pas de secret, juste une gorge nouée depuis trop longtemps. Alors j’ai écrit à côté, d’une main tremblante : « foutu silence », un mot cru planté comme une écharde dans la régularité des vers. La voix qui me rongeait s’est faite plus insistan...

Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse 01.06.2025

Sol poisseux, bar bondé, odeur de houblon aigre et de sueur. J’ai griffonné « Heureux qui, comme Ulysse… » sur une serviette tachée, mais l’encre a filé, avalée par la graisse. Alors j’ai lâché : heureux qui crève loin, heureux qui brûle ses attaches, heureux qui rit du foyer qu’il n’a plus. Les mots sortaient comme des insultes. Une voix a rugi dedans, pas ironique mais franchement rageuse : arrê...

Edgar Allan Poe, Annabel Lee 15.05.2025

Un ticket collé à ma paume humide, j’entends encore la phrase qui frappe : « dans ce royaume près de la mer ». Chaque reprise est une pierre jetée dans l’eau noire, le cercle s’élargit, revient, s’écrase contre la berge. Poe raconte l’amour d’enfants, mais l’innocence n’a pas le temps de durer. Le vent souffle du nuage, meurtrier sans visage, il glace Annabel Lee et l’enferme dans la pierre. Déjà...

Victor Hugo : autre chanson 01.05.2025

J’entends ce chant devant un seuil qui ne cède pas. L’aube naît, mais la porte reste close ; toute la tension vient de là, de ce matin qui insiste sans entrer. Le poème n’a rien d’un simple compliment : il met dehors une voix à la fois sûre et vulnérable, capable de chanter et de pleurer dans le même souffle. La rose, l’oiseau, l’aurore, le cœur deviennent presque des messagers pressés contre le b...

Rémi de Gourmont : les feuilles morte 15.04.2025

Dans Les feuilles mortes, Simone n’est pas menée vers une scène décorative, mais vers un seuil sonore: le bruit des pas sur les feuilles mortes. La douceur des couleurs se renverse vite en gravité; les feuilles tombées deviennent de si frêles épaves, puis restent dolentes à l'heure du crépuscule et crient quand le vent les bouscule. Le poème tient sur cette contradiction: marcher, c’est déjà enten...

Martha Medeiros : il meurt lentement 01.04.2025

Ce texte transforme la mort lente en suite de renoncements presque ordinaires. Ne pas voyager, ne pas lire, ne pas écouter de musique, ne plus trouver de grâce dans son propre regard : l’extinction commence par une fermeture des sens. Puis elle devient architecture. L’habitude répète les mêmes chemins, garde les mêmes repères, refuse une couleur différente, évite l’inconnu et l’aide possible. Le p...

Khalil Gibran : de la liberté 15.03.2025

La pluie cognait sur la vitre du train, chaque goutte clouait la surface comme un marteau impatient. Le livre trempait dans mes mains, pages écornées, odeur de papier humide : « vos maillons brillent », murmurait-il encore. Tout autour bruissait, conversations, annonces métalliques, crissements de freins — et moi, rivé à cette phrase, comme si mes propres tempes portaient le poids d’un fer invisib...

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